Crimes 1936 : Différence entre versions

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*Pierre Volut, DVD-ROM ''Un Siècle à Decize, année 1936-A''.
 
*Pierre Volut, DVD-ROM ''Un Siècle à Decize, année 1936-A''.
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==Infanticide à Moulins Engilbert==
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La 1ère affaire inscrite à la session de Novembre des Assises de la Nièvre évoque l'infanticide perpétré dans des conditions pitoyables.<br> Une petite bonne, Suzanne Monera, 23 ans, élevée par l'Assistance Publique, employée chez d'honorables commerçants de [[Moulins Engilbert]] alors que ses patrons s'étaient absentés, un voisin, le boucher Laudet, un sexagénaire apoplectique, aurait, sans plus de façons, abusé de la jeune inexpérience.<br> Quelques mois plus tard, deux médecins consultés n'ont pas reconnu la grossesse et le 24 mai 1936, au petit jour, dans d'atroces souffrances elle accouchait dans les fosses d'aisance. Le nouveau-né, malgré les soins qui lui furent prodigués, décédait 6 heures plus tard.<br> A 13 heures, l'audience est ouverte par le président Moreau de la Cour de Bourges. Il est assisté par MM. Bordier et Gaschet, Juges au Tribunal de [[Nevers]]. Le Substitut Sacaze occupe le siège du Ministère Public et Maître Paclon est à la barre de la défense.<br> Suzanne Monera est une frêle jeune fille qui a parfois des allures d'adolescente. elle parle d'une voix blanche qui révèle cependant beaucoup d'émotion maîtrisée.<br> Née à Paris, le 10 décembre 1913 de père inconnu, confiée par sa mère à l'Assistance Publique, elle se plaça à 16 ans comme domestique à [[Moulins Engilbert]]. Elle est  très sobre, de bonne conduite et ses patrons sont très satisfaits des ses services.<br> Le 12 août 1935, le nommé Laudet, un familier de la maison où elle travaillait, l'entraîne, alors que ses maîtres étaient à la foire de [[Fours]], dans un bureau, la presse, finit par abuser d'elle et s'enfuit. Soit pudeur, soit crainte, Suzanne Monera n'en dit rien à à personne, même lorsque, interrogée par sa patronne Mme Caillot, sur son brusque et suspect embonpoint, il lui est suggéré qu'elle pourrait bien être enceinte. Ce qu'il  de plus curieux, c'est que les 2 médecins consultés ne reconnurent pas l'état de grossesse. Toutefois, un mois 1/2 avant l'accident, il est établi qu'elle alla voir secrètement à [[Villapourçon]] le docteur Marcovic, qui, lui, ne s'y trompa point et lui annonça des couches prochaines. Le 14 mai 1936, elle est prise soudain par d'affreuses douleurs. Elle se rend au lieu d'aisances et accouche d'un bébé parfaitement viable. Affolée, elle sortit couverte de sang et rencontre dans les escaliers sa jeune camarade, Andrée Bordet, employée chez M. Caillot mais elle refusa de lui dire ce qui vient d'arriver. On ne découvre l'enfant que quelques heures plus tard.
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=== Les témoins ===
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Le docteur Charles Horay, de [[Moulins Engilbert]] avait été aussitôt appelé par M. Caillot. Aidé par ce dernier, il retira le nouveau-né de la fosse, pratiqua pendant 20 minutes des exercices de respiration artificielle et parvient à le rappeler à la vie. On rapporta l'enfant à la mère. Il était froid, blanc et anémié par une forte hémorragie, puisque le cordon n'avait pas était lié.<br> Sur cette question de la défense, le docteur Horay admet volontiers que le choc produit par l'accouchement a pu atténuer la responsabilité de l'accusée.<br> M. Henri Caillot, le patron de Suzanne Monira raconte comment il trouva le nouveau-né. Il ajoute qu'il ne pouvait pas soupçonner l'état de grossesse car la conduite de sa bonne était irréprochable : ''Je suis prêt à la reprendre à mon service dès qu'elle sera libre'' ajouta t'il en conclusion.<br> Andrée Bordet, 20 ans, employée chez les époux Caillot, est dit-elle, la petite copine de Suzanne Monera : ''Elle ne m'a pourtant jamais ''avoué qu'elle était enceinte, mais Laudet la poursuivait de ses assiduités. J'ai moi-même été sollicitée. Il nous offrait de l'argent.
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Voici Laudet, boucher à [[Moulins Engilbert]].<br> Il a 59 ans. Il nie en bloc, puis, il se met à ergoter sur les dates. Enfin, il s'indigne. Par contre, Suzanne Monera est très nette. Elle maintient ses accusations.<br> Dernier témoin, Mme Bourgeois, commerçante à [[Moulins Engilbert]], est la précédente maîtresse de l'accusée. Elle apporte avec beaucoup de conviction, l'hommage de son estime pour la malheureuse fille, victime de sa bonne foi et d'une invincible timidité.<br>
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=== Réquisitoire et plaidoirie ===
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Alors un sévère réquisitoire de M. le substitut Sacaze et une émouvante plaidoirie de Maître Paclon, le jury se retire et revient avec un verdict d'acquittement.<br> Le public éclate en applaudissement.
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===Sources===
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*Source : AD 58 - L'Avenir du Morvan 1936, page 417<br>
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*Transcripteur : [[Utilisateur:Mabalivet|Mabalivet]] ([[Discussion utilisateur:Mabalivet|discussion]]) 4 mars 2019 à 11:47 (CET)
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Version actuelle datée du 31 mai 2021 à 16:41

Western à Diennes-Aubigny

Diennes Aubigny est un village paisible. Pourtant, le 2 mai 1936, les villageois ne comprennent pas. Pourquoi M. Dauteloup a-t-il été tué à bout portant de trois balles de fusil de chasse par le bûcheron Étienne Chandelier, que certains voisins présentent comme un brave gars et d'autres comme une sorte d'ours mal léché ? S'agit-il d'une vengeance? Chandelier, qui braconnait de temps à autre, était-il menacé d'une dénonciation par M. Dauteloup ?

Ces questions restent sans réponse car Chandelier, cerné par les gendarmes de Saint Benin d'Azy quelque temps après son crime, a engagé une fusillade avec eux. Le gendarme Sigorel a été atteint par une balle, mais il a eu le réflexe de tirer à son tour et Chandelier s'est écroulé, une balle dans la tête ; le meurtrier ne pourra pas expliquer les mobiles de son acte.

Source

  • Pierre Volut, DVD-ROM Un Siècle à Decize, année 1936-A.


Infanticide à Moulins Engilbert

La 1ère affaire inscrite à la session de Novembre des Assises de la Nièvre évoque l'infanticide perpétré dans des conditions pitoyables.
Une petite bonne, Suzanne Monera, 23 ans, élevée par l'Assistance Publique, employée chez d'honorables commerçants de Moulins Engilbert alors que ses patrons s'étaient absentés, un voisin, le boucher Laudet, un sexagénaire apoplectique, aurait, sans plus de façons, abusé de la jeune inexpérience.
Quelques mois plus tard, deux médecins consultés n'ont pas reconnu la grossesse et le 24 mai 1936, au petit jour, dans d'atroces souffrances elle accouchait dans les fosses d'aisance. Le nouveau-né, malgré les soins qui lui furent prodigués, décédait 6 heures plus tard.
A 13 heures, l'audience est ouverte par le président Moreau de la Cour de Bourges. Il est assisté par MM. Bordier et Gaschet, Juges au Tribunal de Nevers. Le Substitut Sacaze occupe le siège du Ministère Public et Maître Paclon est à la barre de la défense.
Suzanne Monera est une frêle jeune fille qui a parfois des allures d'adolescente. elle parle d'une voix blanche qui révèle cependant beaucoup d'émotion maîtrisée.
Née à Paris, le 10 décembre 1913 de père inconnu, confiée par sa mère à l'Assistance Publique, elle se plaça à 16 ans comme domestique à Moulins Engilbert. Elle est très sobre, de bonne conduite et ses patrons sont très satisfaits des ses services.
Le 12 août 1935, le nommé Laudet, un familier de la maison où elle travaillait, l'entraîne, alors que ses maîtres étaient à la foire de Fours, dans un bureau, la presse, finit par abuser d'elle et s'enfuit. Soit pudeur, soit crainte, Suzanne Monera n'en dit rien à à personne, même lorsque, interrogée par sa patronne Mme Caillot, sur son brusque et suspect embonpoint, il lui est suggéré qu'elle pourrait bien être enceinte. Ce qu'il de plus curieux, c'est que les 2 médecins consultés ne reconnurent pas l'état de grossesse. Toutefois, un mois 1/2 avant l'accident, il est établi qu'elle alla voir secrètement à Villapourçon le docteur Marcovic, qui, lui, ne s'y trompa point et lui annonça des couches prochaines. Le 14 mai 1936, elle est prise soudain par d'affreuses douleurs. Elle se rend au lieu d'aisances et accouche d'un bébé parfaitement viable. Affolée, elle sortit couverte de sang et rencontre dans les escaliers sa jeune camarade, Andrée Bordet, employée chez M. Caillot mais elle refusa de lui dire ce qui vient d'arriver. On ne découvre l'enfant que quelques heures plus tard.

Les témoins

Le docteur Charles Horay, de Moulins Engilbert avait été aussitôt appelé par M. Caillot. Aidé par ce dernier, il retira le nouveau-né de la fosse, pratiqua pendant 20 minutes des exercices de respiration artificielle et parvient à le rappeler à la vie. On rapporta l'enfant à la mère. Il était froid, blanc et anémié par une forte hémorragie, puisque le cordon n'avait pas était lié.
Sur cette question de la défense, le docteur Horay admet volontiers que le choc produit par l'accouchement a pu atténuer la responsabilité de l'accusée.
M. Henri Caillot, le patron de Suzanne Monira raconte comment il trouva le nouveau-né. Il ajoute qu'il ne pouvait pas soupçonner l'état de grossesse car la conduite de sa bonne était irréprochable : Je suis prêt à la reprendre à mon service dès qu'elle sera libre ajouta t'il en conclusion.
Andrée Bordet, 20 ans, employée chez les époux Caillot, est dit-elle, la petite copine de Suzanne Monera : Elle ne m'a pourtant jamais avoué qu'elle était enceinte, mais Laudet la poursuivait de ses assiduités. J'ai moi-même été sollicitée. Il nous offrait de l'argent.

Voici Laudet, boucher à Moulins Engilbert.
Il a 59 ans. Il nie en bloc, puis, il se met à ergoter sur les dates. Enfin, il s'indigne. Par contre, Suzanne Monera est très nette. Elle maintient ses accusations.
Dernier témoin, Mme Bourgeois, commerçante à Moulins Engilbert, est la précédente maîtresse de l'accusée. Elle apporte avec beaucoup de conviction, l'hommage de son estime pour la malheureuse fille, victime de sa bonne foi et d'une invincible timidité.

Réquisitoire et plaidoirie

Alors un sévère réquisitoire de M. le substitut Sacaze et une émouvante plaidoirie de Maître Paclon, le jury se retire et revient avec un verdict d'acquittement.
Le public éclate en applaudissement.

Sources

  • Source : AD 58 - L'Avenir du Morvan 1936, page 417
  • Transcripteur : Mabalivet (discussion) 4 mars 2019 à 11:47 (CET)


Notes et références

Notes


References