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Version actuelle datée du 28 mars 2021 à 07:12

  • De la prise du pouvoir par le général Bonaparte, le 18 Brumaire de l'an VIII (9 novembre 1799), à la seconde abdication de l'Empereur (8 juillet 1815), la France a connu une période de guerres incessantes ; déjà, depuis le printemps 1792, les jeunes Français étaient habitués aux enrôlements plus ou moins forcés, aux bivouacs, aux marches et à l'odeur de poudre.

Le recrutement.

  • Chaque année, une levée de conscrits est effectuée ; les jeunes hommes âgés de vingt ans sont convoqués par listes cantonales afin de passer devant le conseil chargé de décider s'ils sont aptes à combattre ou s'ils doivent être renvoyés chez eux. Decize et les communes voisines de Champvert, La Machine et Saint-Léger-des-Vignes fournissent une vingtaine de soldats par levée. Environ 850 jeunes Nivernais sont incorporés dans chaque levée annuelle ordinaire. Mais, certaines années, en raison des vides creusés par de terribles batailles ou par les épidémies, des levées supplémentaires viennent ajouter quelques jeunes gens aux conscrits déjà enrôlés : en 1807, cinq hommes dans le canton de Decize, quatre en 1808, un seul en 1809.
  • Tous ceux qui sont convoqués ne partent pas. Le premier motif d'exemption est le handicap physique, dûment constaté par un chirurgien militaire ; ce dernier exerce ordinairement ses talents à Nevers et visite le département canton par canton. Il examine les conscrits et en exempte certains. Il trouve Claude Lespinasse, de Toury-sur-Abron, trop petit car il mesure 1,544 m. D'autres hommes échappent à l'armée parce qu'ils sont mariés : par exemple, le vigneron Jean Gonin, en 1806. Et puis, il existe une mesure de faveur qui va durer presque jusqu'à la fin du siècle : le remplacement. Jacques Foisselon, boulanger à Decize, se fait remplacer par un ami en 1806 ; cela va lui procurer un répit de quelques mois, puisqu'il partira le 5 novembre pour rejoindre le 54e de Ligne à Bayonne. En 1814, trois jeunes gens, issus de familles aisées, sont autorisés à fournir des suppléants, en versant à l'État la somme de 100 Francs, sans compter la forte indemnité destinée aux remplaçants. Gabriel Mouzat est ainsi remplacé par Pierre Berthier, de Verneuil; Hugues-Hippolyte Donjean(1) par Etienne Goujon, de La Charité ; et Jacques Boulat, de Champvert, par Léger Lequaire, venu d'Issoire, Puy-de-Dôme.

Le remplacement d'un conscrit.

  • Le 27 janvier 1809, devant le notaire Guillaume-Gabriel Blondat, est signée une convention entre Lazare Fassin, fils de Jean Fassin et de Jeanne Gardien, demeurant en la commune de Cercy-la-Tour, et Adrien Régnier, propriétaire, demeurant au Port-Taraut, commune de Saint-Hilaire, stipulant pour son fils Benoist Régnier.
  • Les deux jeunes gens ont été appelés au tirage de la conscription. Lazare Fassin a tiré le n° 45, et ne risque pas de partir dans l'immédiat ; par contre, Benoist Régnier a tiré le n° 5 et il fera partie du contingent, ce qui ne semble pas l'enchanter.
« Ledit Fassin promet et s'oblige à remplacer ledit Benoist Régnier dans son service militaire aux armées, pendant tout le temps et de la même manière que le sieur Benoist Régnier en serait tenu [...], de manière à ce que celuy-cy n'en soit aucunement inquiété, poursuivi, ny recherché. »
  • Fassin va recevoir la somme de 436 francs, payée par Adrien Régnier en deux traites : 218 francs le jour de la signature du contrat, et 218 francs lorsque le remplaçant sera à même de justifier son admission au corps, en expédiant au notaire un certificat de présence. Comme il arrive parfois qu'un contingent supplémentaire soit levé par l'autorité militaire, le conscrit exempté s'engage à remplacer, à son tour, son remplaçant, si le n° 45 venait à être convoqué(2).
  • Le système de remplacement va se structurer dans les années suivantes et de véritables officines spécialisées vont s'installer à Nevers, à Moulins, à Bourges, offrant aux familles aisées des assurances contre la conscription, et aux familles pauvres des places de suppléants bien rémunérées(3).
  • Quand l'exemption et le remplacement s'avèrent impossibles, certains conscrits n'hésitent pas à tricher avec la loi. Un domestique du nom de Jacques Nicolas, originaire du Nivernais, mais placé à Paris, indique un faux domicile, La Chaume aux Rouleaux, un lieu-dit inconnu dans le département ; il s'ensuit une correspondance entre le préfet Fiévée, les gendarmeries de la Nièvre et le préfet de Paris : le sieur Jacques Nicolas est introuvable dans la Nièvre, et il a quitté Paris... La même année, à Champvert, un citoyen Bellevaux a été déclaré par erreur : le maire est enjoint de lui trouver un suppléant.
Guerres napoléoniennes04.jpg

Le prestige de l'uniforme.

« Quand le dragon va-t-à la guerre,

Quand le dragon va-t-à la guerre,

Tout bien chaussé, tout bien vêtu,

Quand il revient, revient tout nu(4). »

  • On imagine volontiers les soldats de la Grande Armée d'après les gravures où ils sont parés d'uniformes impeccables. Ainsi les voltigeurs du 100e de Ligne portaient « le bonnet à poils, l'habit-veste en drap bleu national avec revers à la hongroise, les parements bleus lisérés, le collet rouge, le gilet bleu, le pantalon bleu et les guêtres boutonnées au-dessus du genou(5). » Lors du décès du malheureux Antoine Fourneau, numéro matricule 823 de ce même régiment, l'armée fit l'inventaire des « effets à rendre à la famille : souliers mauvais, deux guêtres, deux chemises, un mouchoir, un pantalon de toile et 425 francs. » On mesure ici la misère que les « grognards » ont endurée.
  • La souffrance des familles est illustrée par Jean Boulat et son épouse Magdeleine Cognard(6) : ils ont perdu en 1804 leur fils Jean (fièvre contractée à Marseille) ; ils n'apprendront son décès qu'en 1812 ; en 1814, un autre fils, Marien, meurt aussi de fièvre à Lille. À côté de ces quelques faits dont les archives ont gardé des traces, combien de souffrances silencieuses, combien d'épisodes glorieux à jamais oubliées, combien de révoltes réfrénées ?

Combien mesuraient-ils ?

  • Les signalements des conscrits sont très précis : identité, parfois filiation, commune et département d'origine, taille et - plus irrégulièrement - traits caractéristiques des futurs soldats.
  • Ci-dessous, voici un tableau des tailles d'un échantillon de 103 conscrits issus des communes de Decize, Saint-Léger-des-Vignes, Champvert et La Machine, entre l'an XII et 1814.
  • La taille moyenne était : 159,7 cm ; la taille médiane : 164 cm. Actuellement, la taille moyenne des Français âgés de 20 ans dépasse 1,70 m(7).
181 cm : 1 170 cm : 3 164 cm : 5 157 cm : 7 150 cm : 2
179 cm : 1 169 cm : 2 163 cm : 7 156 cm : 3 147 cm : 4
177 cm : 1 168 cm : 11 162 cm : 2 155 cm : 4
176 cm : 1 167 cm : 4 160 cm : 14 154 cm : 1
175 cm : 2 166 cm : 5 159 cm : 1 153 cm : 3
172 cm : 2 165 cm : 11 158 cm : 1 152 cm : 1



(1) Hugues Hippolyte Donjean (ou Donjan) est le fils d’Antoine Donjean, juge de paix à Decize et maire de la commune éphémère de Saint-Maurice-les-Forains. Il sera à son tour juge et maire de Decize.
(2) Minutes du notaire Guillaume-Gabriel Blondat, 1809, cote 3 E 39-229 et 230, A.D. Nièvre.
(3) À Nevers, deux agences spécialisées s’installent autour de 1844 : celle de M. Numa et la maison Grimard, toutes deux représentées à Decize par Maître Roubet, notaire.
(4) Chanson recueillie par Achille Millien, op. cit., auprès de Madeleine Guyon, née en 1791 à Lurcy-le-Bourg.
(5) Cf. Historique du 100e de Ligne. Le dossier de ce régiment est d'une très grande précision. En 1808, le 100e comprenait 108 officiers et 3262 sous-officiers et hommes de troupe ; il était commandé par le colonel Jérôme-Joachim Quiot, né en 1775.
(6) Jean Boulat, propriétaire et vigneron à Brain, avait été élu maire de la commune éphémère de Brain en 1790.
(7) Quid 1994.


Texte de Pierre Volut http://histoiresdedecize.pagesperso-orange.fr/