Blin Léon Gaston

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Né le 22 octobre 1890 à La Cerleau, canton de Rumigny dans le département des Ardennes il habite dans son village natal où il est cultivateur, avec sa famille. Selon son livret militaire il est le fils de Irma Désirée BLIN, mesure 1,77m, ses cheveux et ses yeux sont châtain, son front est moyen, son nez ordinaire et son visage ovale. Il sait lire et compter et est titulaire du certificat d’Etudes primaires.

Faits de guerre en 1914-1918

Le 15 octobre 1909, il s’engage pour trois ans à Charleville sous le numéro 269 de recrutement et sous le numéro matricule 3916. Élève caporal, il arrive en seconde position sur les 60 soldats de son bataillon. A sa libération des obligations militaires, il a obtenu le grade de sergent.

Le 15 octobre 1912 il est versé dans la réserve de l’armée active puis dans la réserve de l’armée territoriale le 1er octobre 1922.

Durant la Première guerre mondiale il a été mobilisé le 1er août 1914 pour « lutter contre l’Allemagne et l’Empire d’Autriche-Hongrie ». Blessé le 9 octobre 1914 (fracture de l’avant-bras gauche) il est amputé le 14 octobre de la même année. Il combattait alors comme sergent dans les rangs de la 11eme compagnie du 120eme Régiment d’infanterie. Il est cité à l’ordre du jour de l’armée le 21 mai 1916 « Sous-officier d’une énergie et d’une bravoure exceptionnelles – Volontaire pour maintes missions périlleuses, les a toujours accomplies avec intelligence et dévouement. »

Le 22 juin 1916, le Journal officiel annonce qu’il reçoit la Croix de guerre avec Palme (décision signée Joffre). Il avait reçu, le 21 mai 1916, la médaille militaire. Déclaré réformé N° 1 par la Commission spéciale du Corps à Ancenis (Loire inférieure) le 30 décembre 1914 il sera rayé des contrôles de l’armée le 4 août 1915.

Le 31 janvier 1934 il sera réformé par le bureau de recrutement de la Seine et définitivement libéré du service militaire le 1er octobre 1934, reconnu souffrant d’un handicap évalué à 95%.

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Il devient nivernais

Gaston Blin viendra habiter Moulins Engilbert au hameau de James, à cause de la proximité de la nourrice de son épouse. Il fera bâtir une maison qui existe encore.

Entrée dans le maquis

Dès le début de la Seconde guerre mondiale, Blin qui ne peut combattre du fait de l’amputation de son bras et de la maladie de sa femme, va néanmoins s’engager dans la résistance et sera radio pour le maquis des Fraichots.

Le 20 juillet 1944, soit 10 jours après le massacre des maquisards de Montaron, les Allemands se dirigent vers James. Pour éviter d’avoir à parler sous la torture Blin préfère se suicider.

A propos de la mort du Commandant Blin

Une lettre d’un témoin de cette journée mémorable écrit à la gendarmerie de Moulins Engilbert. Cette lettre sera authentifiée par M. Perraudin, maire.

«Blin était le grand chef actif de la Résistance de toute notre région. Il a été dénoncé à la Gestapo par lettre. Le 20 juillet, sa maison a été cernée par les Allemands. Quand ceux-ci pénétrèrent chez lui, il s’est suicidé, ce qui ne les a pas empêchés de lui tirer une rafale dans la tête. Par la suite ils se sont livrés au pillage de sa maison et ont emporté tout ce qui était livres et effets personnels. Il était père de deux enfants, une fille, 26 ans, et un fils de 19 ans. C’était un mutilé d’un bras de la guerre 14-18. Il était retraité de l’Administration de l’Hôtel de ville de Paris. Il laisse une veuve tuberculeuse qui est chez lui dans un lit depuis des années et qui a malheureusement assisté, de son lit, à ce terrible drame. Blin qui se dévouait sans compter pour organiser la résistance depuis l’invasion, connaissait le sort qui lui était réservé si les Allemands le prenaient vivant. C’est pour éviter ce plaisir à ses ennemis de lui faire subir leur châtiment qu’il s’est suicidé. Il n’en est pas moins une grande victime et mort pour la France».

Discours rédigé par Lucien Jean-Baptiste

Résistant et instituteur à Préporché, pour le premier anniversaire de la mort de notre camarade Blin et l’inauguration de la rue portant son nom le 20 juillet 1945.

Monsieur le Préfet, Mon Colonel, Monsieur le Président, Monsieur le Maire, Mesdames, Messieurs,

Le Comité cantonal de Libération de Moulins Engilbert est profondément ému de voir aujourd’hui réunis sur l’initiative de l’organisation locale de la résistance et de la Municipalité, les patriotes de notre région venus en ce triste anniversaire rendre ce pieux et respectueux hommage à la mémoire de Notre Camarade et Chef le Commandant Gaston BLIN.

Les péripéties du drame qui se déroula il y a un an dans notre cité, vous les connaissez. L’ennemi abhorré, traqué de toutes parts par des Français à l’âme et au patriotisme ardents s’est rue sur tout ce qui lui semble suspect ; il arrête, il torture, il pille, il incendie, il viole, il assassine ; son instinct naturel et sauvage se montre sous son vrai jour. Sa haine des Français se donne libre cours ; seuls les plats et vils valets sont épargnés. Ceux-ci tiennent par cupidité, par haine de classe ou par bas intérêts à conserver les privilèges, à aboutir aux fins politiques que leur procurent ou leur promettent, les bourreaux du peuple de France. Toutes les compromissions, toutes les bassesses sont à l’ordre du jour dans le camp des traîtres et l’on assiste à l’épisode le plus tragique de la terrible occupation : les patriotes français sont dénoncés par toute cette valetaille ennemie.

A Moulins Engilbert, Gaston BLIN ne devait pas échapper à la haine du Boche et des Français bochisants ; le 20 juillet 1944, il est cerné dans la maison qu’il avait fait bâtir, pour y vivre, auprès de sa chère compagne malade, les années paisibles qu’il avait bien gagnées au cours d’une longue carrière de fonctionnaire intègre.

Là, l’Allemand le trouve invincible dans la mort. Par son acte, Gaston BLIN emporte avec lui, dans le secret de la tombe, celui de l’organisation et sauve ainsi la vie de ses compagnons d’armes. Nous n’oublierons jamais ce geste calme, réfléchi et résolu qui, du brave, fait un héros.

L’intégrité du fonctionnaire était aussi celle de son âme de grand patriote. Nous ne pouvons pas essayer de synthétiser en un court discours, la tâche innombrable accomplie par ce grand mutilé dans la Guerre 14-18, dans l’organisation de la résistance locale et régionale ; seuls ceux qui, avec lui, ont vécu les heures particulièrement difficiles des mois de Mai, Juin, et Juillet 1944, peuvent avoir une idée de l’effort immense fourni par le Commandant Gaston BLIN.

Dur à la tâche, inflexible sur l’honneur, il était le père de famille de ses soldats et le meilleur ami de ses camarades de lutte. Il était donc, dans notre région, tout désigné à la haine des traîtres désenchantés qui voyaient, après les débarquements de Normandie, commencer la libération de notre patrie et arriver peut-être leur juste châtiment.

Ce châtiment, Gaston BLIN, tous les patriotes, l’ont souhaité, tous vos camarades l’ont demandé et l’ont exigé. Nous sommes, hélas obligés de constater qu’aucun résultat tangible n’a encore été obtenu. Quelques vagues renseignements qui nous parviennent nous permettent encore d’espérer une action prochaine de la Justice et la découverte des responsables de votre mort. Nous remercions la Municipalité de donner votre nom à une rue de la localité, votre noble mémoire, Commandant Gaston BLIN  se perpétuera ainsi, dans les générations, mais nous manquerions à notre devoir de Français et de patriotes si nous n’essayions pas d’obtenir par tous les moyens la Justice implacable en laquelle vous aviez foi et pour laquelle vous êtes tombé.


Sources de l'article rédigé par Serge Bernard

  • Documents (lettres, photos) conservés par la famille et aimablement communiqués par Jocelyne Morlet, petite-fille de Gaston Blin
  • Discours de Lucien Jean-Baptiste communiqué par son fils, Robert Jean-Baptiste.
  • Photo du cimetière : collection privée