Anec-mar-une histoire de bigamie

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Une histoire de bigamie

Voici une étrange histoire, découverte grâce à une déclaration figurant dans les archives de la Justice conservées aux Archives Départementales de Nevers. Elle se déroule pour partie à Clamecy, pour partie à Nevers.

Les trois principaux protagonistes sont :

  • Edmée Bideau (née vers 1707 )
  • Vincent Roux (né vers 1734, fils de Vincent Roux et Philberte Desvoyes)
  • Louise Rolly (née vers 1744, fille de Jean Rauly et Jeanne Pigeot)


Le 18 octobre 1757, à Clamecy, Edmée Bidaut, veuve de Michel Fouchard, tisserand, âgée de 50 ans, épouse Vincent Roux, tisserand âgé de 23 ans.

« L'an mil sept cent cinquante sept le dixhuit octobre apres la publication des bancs du futur mariage promis entre Vincent roux tisserand fils de Vincent roux aussy tisserand et de philberte desvoyes ses pere et mere pour luy d'une part et de Edmée Bideau veuve de michel fouchard tisserand pour elle dautre part tous les deux de cette paroisse faittes aux prosnes de nos messes paroissiales durant trois dimanches consecutifs sans quil se soit trouvé aucune opposition ni empeschement les fiancailles faittes du jour dhier et les autres ceremonies de l eglise en pareil cas requises ayant eté observées jay prestre vicaire soussigné pris le mutuel consentement du dit vincent roux agé de 23 ans et de la ditte Edmée Bideau agée de 50 ans et leur ay donné la benediction nuptiale en presence du coté de l'epoux de ses dits pere et mere de françois roux de Edmée Bourbon ses ayeuls du coté de l'epouse de francois Bideau son pere de Edme roux et autres qui ont declarés ne sçavoir signer exepté le soussigné. V Roux, houry vic »


Quelques années plus tard, le 13 juillet 1762, à Nevers Saint Sauveur, Louise Rolly, 18 ans, convole avec un vigneron Jean Mary Vincent.

« Ce jourdhuy treizieme julliet de la mesme année (1762) apres trois publications de bans en cette paroisse et en celle de St genest et d'abret dioces de clermont sans aucune opposition suivant les certificats des dits sieurs curés ne sétant trouve aucun empechement le mutuel consentement des deux parties a la benediction nuptiale jean mary vincent agé de vingt quatre ans fils de marian vincent vigneron et de marie rousseau ses pere et mere de la paroisse d'abret, et actuellement le dit jean mary vincent de la paroisse de St genest d'une part, et louise rauly agé de dix huit ans fille de jean rauly maneuvre en fayance et de jeanne pigeot ses pere et mere de cette paroisse dautre part le tout fait du consentement de louis blondeau voiturier par eau charge de la procuration des pere et mere du dit jean mary vincent passée à abret le seizieme juin dernier par fauret et anfaune (?) son confraire notaires royaux le tout en bonne forme fait presence de jean rauly pere de pierre chauseprant tisserand en toille de simon ??? maneuvre estienne partau tisserand jean croix et autres perents et amis qui ont dit ne signer sauf les soussignes. Guerize, archambault, Custode le jeune, archambault, Delard, gaultier, prêtre curé de st sauveur de nevers »


Nous sommes donc en présence de 2 couples : l'un à Clamecy, l'autre à Nevers. Comment Louise et Vincent vont-ils se rencontrer (car c'est bien de ça dont il s'agit !) l'histoire ne le dit pas, mais il semble qu'ils ont éprouvé le besoin de se marier après le décès de Jean Mary. Louise savait-elle que Vincent était déjà marié, avec une femme âgée de 27 ans de plus que lui. Toujours est-il que le 24 novembre 1773, à Nevers, Vincent épouse Louise, « sans aucune opposition ni empêchement », selon la formule consacrée.

« Le vingt quatrieme jour de novembre mil sept cent soixante et treize apres une publication faite tant au prone de ma messe paroissiale de St Sauveur qua celuy de la messe paroissiale de St martin de clamecy diocese dauxerre de la promesse de mariage entre vincent roux tisserand, fils majeur de vincent roux manoeuvre, et de philberte desvoyes de la paroisse de St martin de clamecy dune part, et Louise rolly veuve en premieres noces de jean marie vincent de cette paroisse dautre part, sans quil y ait eu aucune opposition ny empeschement canonique vû le certificat de publication d'un ban delivré par le Sieur Faure chantre chanoine et curé de clamecy en date du vingt deux du dit mois, le consentement des pere et mere de vincent roux recu par laquant, notaire en date du vingtieme jour du dit mois, la dispense de la publication de deux bans accordée par monseigneur l eveque de nevers en date du vingt trois signée vanier vicaire general, le tout en bonne forme je soussigné leur ai donné la benediction nuptiale en presence de pierre rolly cousin de la mariee, de jean tatrat, jean marie vincent, claude pournot, et autres qui ont declaré ne scavoir signer de ce enquis sauf le soussigné. Roux, Dugué curé de St Sauveur »


Les parents de Vincent semblent complices du forfait, puisque présents à son premier mariage et consentants au second d'après un acte passé devant notaire. Et comment le curé de Clamecy a-t-il pu établir un certificat, alors que Vincent s'était marié dans cette ville quelques années plus tôt ? Peu scrupuleux, complice également, à moins qu'il ne s'agisse d'un faux ... L'évêque de Nevers en personne a donné une dispense de publication de deux bans !!! Aucune mention d'une annulation d'un précédent mariage.


Et notre Edmée, dans tout ça ? Son jeune mari l'a abandonnée, est parti à Nevers et de bonnes âmes ont dû lui faire part de l'existence de ce mariage ! Le 26 septembre 1774 elle se rend devant les notaires royaux de Clamecy, afin d'informer la justice de l' imposture.

« Pardevant les nottaires royaux residant a Clamecy soussignés cejourdhuy vingt six septembre mil sept cent soixante quatorze avant midy fut presente Edmée Bidault femme de vincent Roux tisserand demeurant a Clamecy. Laquelle a declaré que depuis plusieurs années elle est mariée audit Vincent Roux ; que par inconstance et esprit de libertinage il l'a quittée depuis environ un an, et quelle a apris depuis peu quil etait actuellement a Nevers ou il a epousé par une surprise faite a M le curé de Saint Sauveur une des paroisses de la ditte ville, la nommée Louise Rolly veuve en premiere noce de Jean Marie Vincent le vingt quatre Novembre mil sept cent soixante treize, avec laquelle il habite ; que cette violation du plus saint des engagements la necessite de denoncer le fait a M le procureur general de Nevers, comme en effet la ditte comparante nous a declaré et déclaré quelle denonce la conduitte de dit Roux son mary a ce magistrat, a l'effet par luy de le poursuivre et faire punir de crime suivant les ordonnances ; desquelles declaration et denontiation la ditte femme Roux nous a requis acte que nous lui avons octroyé pour servir ce quil appartiendra. Car ainsi est fait lu et passé au dit clamecy le jour et an susdits a la dite femme Roux declaré nescavoir signer de ce enquis. La minutte des presentes est signée Bezou et Millelot deslimes notaires susdits icelle restée au soussigné controllé a Clamecy par Loyré le vingt six septembre audit an a recu quatorze sols signé Loyré commis. Millelot deslimes »


Quelles ont été les conséquences de cette information donnée par Louise ? L'acte de mariage de Louise et Vincent n'est annoté d'aucune mention, mais il a pourtant dû être annulé. Des sanctions ont-elles été prises contre Vincent ?

En tout cas, après le décès d'Edmée, le 29 février 1776 à l'hôtel Dieu à Paris, Vincent et Louise s'unissent à nouveau, le 26 février 1781 à Nevers, dans la paroisse Saint Jean.

« Cejourdhuy vingt six fevrier mil sept cent quatre vingt un vu la commission a nous adressée par mgr leveque de nevers en datte du vingt quatre du present, vû le certificat de publication dun ban faite en la paroisse St genest de cette ville et la dispense des deux autres acordée par monsusdit seigneur Eveque pareille date que dessüs düment signée, scellée, insinuée et en forme, vû le certificat de trois publications faites le deux, le quatre et le quatorze du present mois en la paroisse de St martin de la ville de clamecy dioceze d'auxerre düement signée Limanton chantre et curé de clamecy, vû un extrait mortuaire de l'hotel Dieu de Paris ou il est certifié que Edmee Bidault agée de soixante et dix ans native de clamecy, était entrée malade au dit hotel Dieu le cinq janvier mil sept cent soixante et seize et y etait decedée le vingt neuf fevrier de la même année le dit extrait scellé du sceau du dit hotel Dieu signé Travert et Richey, je soussigné ay recu a la benediction nuptiale vincent Roux tisserand veuf de la susdite Emée Bidaut cydevant de la susditte ville et paroisse de clamecy et demeurant presentement en cette ville sans avoir de dommicile fixé, et Loüise Rolly veuve en premiere noce de jean Marie vincent vivant ouvrier en fayance de la susditte paroisse de st genest de cette ville le susdit mariage celebré en presence et du consentement de jean Rolly manoeuvre pere de la contractante de Marie Gagnard epouse du dit Rolly sa belle mere, de Mr charles Remond, de jacques leserf prêtres, Pierre chassier Pierre Desserré et claude charbonnier temoins qui ont dit ne savoir signer de ce enquis sauf les soussignés dessere, Leserf prêtre, Charbonnier, Rémond prêtre, Roux, Goussot chanoine curé de St jean. »

L'évêque a adressé une commission et dispensé les époux de 2 des 3 bans normalement requis. Il n'est bien sûr pas fait mention du précédent mariage entre Louise et Vincent. En plus du chanoine qui présidait à la cérémonie, deux prêtres étaient présents.

Bizarre, vraiment bizarre ....


Brigitte Foudrier - septembre 2008