Decize en 1914

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L'administration :

  • Le maire est le docteur Henry Régnier ; les adjoints sont MM. Archambault et Philippe Moine-Diossin, les autres conseillers municipaux MM. Champeau, Boigues, Marienne, Demnard, Jaillard, Rogue, Martial, Gros, Mignon, Giraud, Gaillard, Martin, Oyon, Pierre Moine, Bonnin, Touillon, Coulon, Cassiat et Vallet.
  • A Saint-Léger, le maire est M. Alexandre Nourry, à La Machine M. Salin, à Champvert M. François Boulanger.
  • Le député de la circonscription Nevers-II est depuis 1905 le socialiste Louis-Henri Roblin, maire de Thianges et conseiller général du canton de Decize. Le député Roblin a été réélu en avril 1914.
  • L'industriel Pierre Moine, également socialiste, est conseiller d'arrondissement.
  • Le docteur Victor Petitjean, radical, est sénateur de la Nièvre depuis 1900.
  • Decize est le siège d'une Justice de Paix cantonale ; le juge se nomme M. Mitaine, ses suppléants sont le docteur Petitjean et M. Chevrier, le greffier M. Dumont. Les audiences de la Justice de Paix se tiennent à la mairie chaque vendredi à partir de 9 heures ; des audiences foraines sont organisées à la mairie de La Machine les 1er et 3e samedis de chaque mois, aux mêmes heures.
  • Les gendarmes de Decize sont commandés par le maréchal des logis à cheval Tramut ; ceux de La Machine par le brigadier à pied Pivet. Le commandant des pompiers de Decize est M. Oyon.

Les transports et les communications :

  • La Poste de Decize se trouve dans la petite rue du même nom, qui relie la rue de République à la place Hanoteau(1). Le receveur est M. Henry, les demoiselles des postes Mlles Duménil, Labastrou et Davaux, ainsi que Mmes Bassot et Lavache.
  • La Poste est ouverte en semaine de 7 heures du matin jusqu'à 9 heures du soir. Les dimanches et fêtes de 7 heures à 12 h 45.
  • Le courrier venant à Decize est distribué à 7 h et 11 h 20 (cela correspond au passage de trains en provenance de Nevers). Plusieurs facteurs-piétons et un facteur-enfant assurent les distributions dans la ville, ses faubourgs et ses écarts.
  • Les tarifs postaux sont les suivants :
Timbres postaux.jpg Lettres ordinaires jusqu'à 20 grammes : 10 centimes

Lettres ordinaires de 20 à 50 grammes : 15 centimes
Lettres ordinaires de plus de 50 grammes : plus 5 centimes par 50 grammes
Cartes postales simples : 10 centimes
Cartes postales avec réponse : 20 centimes
Journaux sous bande : 2 centimes
Courrier international jusqu'à 20 grammes : 25 centimes
Courrier international de plus de 20 grammes : plus 15 centimes par 20 grammes
Mandats-poste jusqu'à 20 Francs : 5 centimes par 5 Francs
Mandats-poste de plus de 500 Francs : 1 Franc

  • Un bureau de télégraphe est installé depuis une vingtaine d'années à la Poste. Les tarifs de télégrammes sont de 5 centimes par mot avec un minimum de 0,50 F.
  • Des dépêches peuvent être envoyées en Algérie et en Tunisie par câbles sous-marins au prix de 10 cts par mot.
  • Le téléphone n'a que 33 abonnés à Decize : la mairie, le Crédit Lyonnais, les entreprises Boigues (tuilerie), Georges Fragny (fers) et Marcel Fragny (bonneterie), les notaires Buisson et Marseille, les docteurs Régnier, Petit et Galvaing, les commerçants Allorent, Bocq (Café du Commerce), Cattin (Pharmacie), Prévost (Automobiles) et Latrasse (Café de Paris)... A Saint-Léger, il n'y a que 4 abonnés : la Société des Plâtres de Decize, la Verrerie Clamamus, les transports fluviaux Saintoyen et Bouillot, et le représentant en verreries Gauthier.
  • La Ligne de chemin de fer P.L.M. a trois gares dans le canton de Decize :
  • A Decize, le chef de gare est M. Tardif ;
  • Le chef de gare de Verneuil M. Perrot ;
  • Mme Papillon s'occupe de la halte secondaire de Teinte-Sougy.
  • Le docteur Dejean est le médecin de la compagnie P.L.M. à Decize.

(1) Cette rue recevra plus tard le nom du Docteur Gros ; la Poste s'installera en 1922 dans l'ancien Hôtel de Ville.

La vie associative :

▪ un syndicat agricole, dont le président est le comte Etienne de Dreux-Brézé ;
▪ un syndicat viticole, présidé par M. Bardin ;
▪ un syndicat des marchands de bois, présidé par M. Louis Vagne ;
▪ des syndicats ouvriers, organisés par métiers, les plus importants étant celui des verriers de Saint-Léger et celui des mineurs de La Machine, affiliés à la C.G.T. ;
▪ quatre sociétés de Secours Mutuel, correspondant aux quatre grandes tendances politiques, l'une présidée par M. Joseph Boigues, la seconde par le docteur Gros, la troisième par le docteur Petitjean (radical-socialiste), la dernière par Gabriel Bonnin (socialiste) ;
▪ deux sections de la Croix-Rouge Française, celle des hommes présidée par le comte de Dreux-Brézé et Maître Quillier, celle des femmes par leurs épouses respectives ;
▪ une Caisse des Ecoles Publique, présidée par le docteur Petitjean ;
▪ le patronage Saint-Aré, présidé par le curé Girard et le comte de Dreux-Brézé ;
▪ le patronage Sainte-Barbe à La Machine ;
▪ l'Harmonie Municipale de Decize, dirigée par M. Meunier ;
▪ l'Harmonie des Mines de La Machine, dirigée par M. Poitou ;
▪ une section de l'Union des Anciens Sous-Officiers, présidée par M. Normand ;
▪ deux sections des Vétérans des Armées de Terre et de Mer, celle de Decize présidée par M. Quillier, celle de La Machine présidée par M. Buffenoir.

Les activités physiques et sportives commencent à s'organiser :

▪ la Société Mixte de Tir de Decize, présidée par M. Marchant ;
▪ la Société de Tir La Sougycoise, présidée par M. Charles de Nourry ;
▪ l'Union Fraternelle de La Machine, présidée par M. Pouligner ;
▪ le Vélo Decizois, présidé par M. Chevrier ;
▪ la société de pêche La Brême, présidée par M. Chevrier ;
▪ la société de gymnastique l'Avant-Garde de Decize, liée au patronage Saint-Aré...

Plusieurs natifs du canton sont allés s'installer à Paris, pour des études, pour des emplois. Ils se retrouvent dans deux associations :

▪ l'Amicale des Nivernais de Paris, qui organise le deuxième vendredi des mois de novembre à juin des « Dîners de l'Aiguillon » au Restaurant de France, 9 boulevard Poissonnière, et en été des excursions « au pays natal » ;
▪ La Machinoise, ou Amicale des Machinois de Paris, dont le siège est 1 rue Chapon ; le président est M. Bigard.

(1) Cf. Pierre Volut, Decize et son canton au XIXe Siècle et à la Belle Epoque, chapitre III,16.

Les entreprises, le commerce :

Usine céramique
Plâtres Journot
  • Trois études de notaires existent à Decize : maîtres Philippe Gros, Marseille et Buisson ; à La Machine, maître Jaubert. Une Caisse d'Epargne est installée à Decize dans le bâtiment de la mairie, le président est M. Archambault, le caissier M. Goillot, par ailleurs secrétaire de mairie. Deux banques ont des agences : le Crédit Lyonnais place Saint-Just et la banque Laboureau.

Les principales entreprises industrielles du canton sont :

▪ les mines de La Machine, appartenant à la Société Schneider ;
▪ la Verrerie de Saint-Léger-des-Vignes, gérée par la famille Clamamus ;
▪ les mines et entreprises de plâtre de Saint-Léger ;
▪ la tuilerie et briqueterie de Brain, appartenant à Joseph Boigues ;
▪ l'usine à gaz de Decize, appartenant à M. Cabassut ;
▪ la fabrique de péniches Saintoyen, située le long du Canal du Nivernais ;
▪ la scierie Bardin.
  • Decize compte un grand nombre de commerçants et artisans, répertoriés chaque année par L'Annuaire de la Nièvre. Les journaux départementaux passent quelques encarts publicitaires pour les principales entreprises. Citons simplement les libraires Pointu, Travard, Normand-Blondeau (ce dernier édite des cartes postales de la ville), le photographe Frantz Rouault, les confiseurs Ramond et Renaud, les magasins de modes de Mme Riat-Sauret et de Mlle Michot.
  • Les magasins d'alimentation sont nombreux. Les épiciers en gros Allorent et Jay, les succursales des Docks de Nevers et des Economiques Troyens, et de petites échoppes fournissent la population en denrées diverses. Il y a 7 boulangers à Decize, 8 à La Machine et 2 à Saint-Léger ; 6 bouchers à Decize, 6 à La Machine et 4 à Saint-Léger ; 4 charcutiers à Decize et 4 à La Machine ; 2 poissonniers à Decize ; plusieurs de ces magasins sont des coopératives ouvrières.
  • Les aubergistes, marchands de vin et cafetiers sont très nombreux : à Decize, on dénombre 5 cafés (Le Café des Colonnes, le Café du Centre et le Café de Paris sont les plus fréquentés), 21 auberges et 11 marchands de vin ; 13 débits de boisson et 4 marchands de vin à Saint-Léger, 11 marchands de vin et 12 cafés à La Machine...
  • Les communes rurales ont aussi de nombreux commerçants et artisans. Prenons l'exemple de Saint-Ouen, qui n'a que 518 habitants ; on y trouve 6 aubergistes, 7 épiciers, 2 tabacs, 2 charrons, 2 entrepreneurs de machines à battre. A Sougy, il y a 4 aubergistes, 1 boulanger, 2 épiciers ; les artisans y sont nombreux : 2 charrons, 2 entrepreneurs de maçonnerie, 1 sabotier, 1 menuisier-ébéniste, 2 tailleurs, 1 marchand de bois et des carrières à plâtre qui emploient une dizaine de mineurs et charretiers.

Les écoles, la santé, le culte :

Les écoles :

  • M. Damoiseau dirige l'école primaire de Decize, les instituteurs sont MM. Garnier et Pasquet, les institutrices Mmes Garnier et Chambon. L'école du Faubourg d'Allier est tenue par M. et Mme Guiblain, l'école des Feuillats par M. Gaujour, l'école de Saint-Léger par M. et Mme Ville, MM. Gauchot et Giraud.
  • Un interne de l’Ecole Primaire Supérieure écrit à sa famille (carte postale de 1910, orthographe d'origine.
    Alphonse Thibault est interne à l'Ecole Primaire Supérieure de Decize. Il écrit à M. et Mme Moreau, à Autun :

« Chers tante, oncle, cousin et cousine,
Vous m'excuserez si je vous ecrit si tard, car j'ai tellement de travail que je n'y songe pas.
Je me suis bien habitué à la vie de pension, je connais beaucoup de cammarades, les maitres sont très durs et je trouves les devoirs plus defficile qu'à Etang.
Je me suis t-en allé pour la Toussaint tout joyeux de revoir mes parents et maintenant j'attends avec impatience Noël dont je penses bien m'amuser.
Je ne vois plus rien à vous dire que je vous embrasse tous bien fort et que je penses que vous allez tous bien ainsi que moi.

Alphonse Thibault. »

  • Il y a deux écoles privées à Decize : Notre-Dame des Minimes, dirigée par M. Joubert, et Sainte-Marie, dirigée par Mmes Serger et Pirois.

La santé :

  • Les médecins installés à Decize sont les docteurs Régnier, Petit, Galvaing, Dejean. Ce dernier est médecin-inspecteur de l'assistance publique dont le bureau de Decize, dirigé par M. Digne, gère le placement de nombreux enfants assistés, venant du département de la Seine.
  • Depuis 1905, le nouvel hôpital est situé près du Pont-Neuf sur la Loire. Les médecins de Decize y viennent en consultation  ; les soins infirmiers et la gestion de l'hôpital sont confiés à des religieuses ; le contrôle est exercé par la municipalité.
  • Les docteurs Orbecchi et Marion sont dentistes ; les vétérinaires se nomment Marchand et Garcin. Mmes Aurousseau, Pellé et Barre sont sages-femmes.
  • Les pharmaciens Cottin, Loiseau et Salin ont des officines à Decize.
  • A La Machine exercent les docteurs Gourdou et Béral (médecin-adjoint des mines) et les pharmaciens Garilland et Pravieux.

Le culte :

  • L'abbé Etienne Girard est le curé de la paroisse Saint-Aré de Decize, il est assisté par les vicaires Maldent et Breton. Le curé de Saint-Léger est l'abbé Marceau ; à La Machine le curé est l'abbé Auguste Camus, assisté par le vicaire Dauvissat.
  • Le département de la Nièvre compte 308 prêtres exerçant en paroisses.

Reportage sur Decize, Paris-Centre, jeudi 3 septembre 1914 :

  • DECIZE – « La charmante ville de Decize, plantée sur son rocher au milieu de la Loire, dominant une région agréable à habiter et très riche, a conservé pour les voyageurs qui passent en chemin de fer à Saint-Léger-des-Vignes, la physionomie que lui donnent sa longue promenade plantée de platanes, ses vieux édifices qui s'élèvent au sommet de la ville, ses ponts sur l'Aron, le canal du Nivernais, la Loire. Son aspect général n'a pas été modifié par le fait de la guerre, mais si vous y débarquez, la vue des territoriaux qui gardent la voie ferrée, tous les signes qui vous annoncent que vous entrez dans une ville qui attend l'arrivée des blessés, qui est avide de nouvelles de la guerre, vous indiquent qu'une vie nouvelle du fait de la guerre s'est substituée à la vie habituelle d'une ville où, à pareille époque, les plaisirs des vacances, la chasse, les courses tiennent une grande place, outre le mouvement industriel et commercial journalier de la région de Saint-Léger-des-Vignes et La Machine, et le mouvement agricole des autres pays environnants.
  • On ne s'y souvient guère que depuis l'époque romaine jusqu'au-delà du Moyen-Age, Decize a eu le sort récent de nos villes du Nord. Combien de fois fut-elle brûlée, pillée, réduite à rien dans les guerres qui désolèrent jadis le pays. Les bandes de reîtres que commandait Bellejoyeuse occupèrent longtemps la malheureuse ville qui n'était plus qu'un monceau de ruines. Mais, je n'ai pas de livre d'histoire sous la main, pour être à même de vous affirmer le fait, je crois bien que ces bandits du capitaine des reîtres épargna la maison de Guy Coquille. Les Allemands qui ont fait brûler Louvain, fusillé des professeurs de la vénérable université de cette ville n'ont pas eu pareille retenue.
  • Aujourd'hui, Decize, où la peur qu'elle ne soit brûlée, démolie comme les villes de Belgique par les bandits modernes qui viennent de la Germanie, n'est entrée dans l'âme d'aucun de ses habitants, excellents patriotes, est toute à la charité qui se dépense au profit des victimes de la guerre.
  • Il existe deux hôpitaux militaires. Le premier est installé dans l'école libre des Minimes, appartenant à M. le Comte Etienne de Dreux-Brézé. Le service médical y est assuré par le très dévoué Docteur Dejean, de Decize, secondé par M. Gaston Hay, pharmacien à Nevers, M. F. Perraudin, de Paris, et Jouault, de La Guerche. L'établissement des Minimes a été aménagé d'une façon parfaite ; on peut y recevoir jusqu'à 40 blessés.
  • Actuellement on y soigne 23 soldats dont deux adjudants, presque tous en voie de guérison. Ceux-ci affirment que s'il y avait un prix à attribuer à une ambulance, celle des Minimes y aurait certainement droit, car rien ne manque aux hospitalisés.
  • Les sœurs redoublent de dévouement auprès d'eux.
  • Les propriétaires de Decize et des environs envoient aux blessés, chaque jour, d'abondantes provisions, bons vins, fruits, gâteaux, cigares et cigarettes.
  • Nous avons pu constater la vive reconnaissance qu'expriment les blessés à l'égard de M. de Dreux-Brézé qui, sans compter, leur prodigue tout ce qui peut aider à leur prompt rétablissement.
  • Le second établissement est celui des Dames de France, créé dans les bâtiments de l'École Supérieure, qui peut recevoir 20 blessés environ.
  • La dévouée municipalité a organisé une souscription publique ayant pour but de venir en aide aux familles qui sont dans le besoin ; on a déjà recueilli 4300 francs.
  • En l'absence de M. le docteur Régnier, maire, qui, dès les premiers jours est parti pour l'armée de guerre, c'est M. Archambault qui remplit les fonctions de maire.
  • Le député de Decize, M. Roblin, est encore trop souffrant pour prendre dans les rangs de l'armée la place qui lui était assignée.
  • Parmi les bûcherons qui partent avec leurs instruments de travail, pour les postes qui leur sont réservés, sont des ouvriers des magnifiques forêts des environs de Decize, de sorte que dans ce pays chacun, suivant ses aptitudes et ses moyens, contribue patriotiquement à la défense nationale et fait d'immenses sacrifices pour parer aux maux de la guerre. »


Textes de Pierre Volut : http://histoiresdedecize.pagesperso-orange.fr/index.htm et http://lesbleuetsdecizois.blogspot.fr/
mis en page par --Mnoel 10 septembre 2014 à 13:45 (CEST)